Le Droit à une pause

Chacun de nous se souvient combien « apprendre et faire des devoirs », surtout dans des matières que nous n’aimions, fut parfois galère. Qu’en est-il pour les enfants dys, les enfants souffrant de troubles des apprentissages, de troubles de l’attention ?
Vous le devinez, pour eux c’est un défi épuisant, permanent, qui leur prend un temps fou. Et quand on songe que s’ajoutent toutes les séances de « prise en charge », orthophonie, psychomotricité, ergothérapie, orthoptie, parfois kinésithérapie ou psychothérapie, on se doute que le quotidien de ces enfants devient un marathon. Mais c’est une « vie cachée » que bien peu soupçonnent, pas même la famille ou leurs enseignants.
Nous, parent (en fait, maman le plus souvent), on se démène pour les aider. Tierce personne pour leçons et devoirs mais aussi pour les accompagner à tous leurs rendez-vous. A en être épuisée, au bout du rouleau. Car on apprend, on adapte, on aménage aussi pour eux. Sans cesse. Avec l’angoisse au ventre, sans cesse aussi.
A des moments, on voit bien que notre enfant n’en peut plus, qu’il voudrait mais ne peut, que parfois il ne veut plus d’ailleurs, tant ses efforts l’épuisent pour des résultats souvent médiocres. Mais que faire, on ne peut le laisser s’enliser, ne plus suivre à l’école ? Et puis, toutes ces séances ont été prescrites pour son bien, non ? Quoique parfois, il y en a beaucoup…trop. Et ces dimanches à reprendre cours et leçons sont nécessaires, sinon…

Pourtant, il faut écouter l’enfant à ces moments. Alléger son emploi du temps, lui offrir une pause. Ce peut être une « fenêtre thérapeutique », une fenêtre de liberté qui s’ouvre dans le mur de tâches imbriquées qui l’emprisonne au quotidien. Ne croyez pas qu’interrompre durant quelques semaines une prise en charge sera à son détriment, bien au contraire ! Bien sûr, il faut en parler avec le thérapeute, choisir ensemble la période pour cette « fenêtre ». Il faut aussi en parler avec ses enseignants, alléger un temps la charge des devoirs, les réduire au « strict nécessaire ». Et s’ils ne veulent ? On bataille pour qu’ils comprennent, on résiste, on se base sur les « documents officiels », on négocie et dialogue ( ferme).
Parce qu’un enfant a besoin de ces pauses, doit avoir le droit de rire et de jouer. Parce qu’on le sait (professionnels inclus), il arrive cet instant où une prise en charge n’apporte plus, un pallier est atteint. Celle ci, on la met de côté le temps qu’il faudra…
Ce dimanche, il fait beau. Ce dimanche, des amis nous ont invités mais on a refusé. Ce dimanche, un super film est proposé au cinéma tout proche. Ce dimanche, il s’énerve, refuse de poursuivre un exercice …Alors, ce dimanche, faites le. Faites ensemble une PAUSE.
Je vous l’assure, pour avoir accompagné mon fils durant 20 ans, ça vaut vraiment la peine, de purs moments de bonheur, de ces instants inoubliables. Et ce n’est pas pour autant qu’il a vu ses résultats s’effondrer à l’école. Bien au contraire !

 

Régine Salvat.

 

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