A PROPOS DES ENFANTS DYSLEXIQUES…ET DYS.

 

 


1) definition medicale des dyslexies ?

 

 On en trouve plusieurs qui se rejoignent, mais un consensus existe en 2017. De simple façon, l’actuelle définition proposée pour les dyslexies peut être ainsi exprimée :

«  Incapacité à entrer dans la conversion graphème-phonème ».

Cette approche intègre l’importance du visuel et du son dans ce trouble spécifique touchant la lecture, le langage écrit, chez des enfants d’intelligence normale.

Ainsi, c’est tout simplement la possibilité de transformer un graphème (lettre, syllabe, etc…) en un son, qui donne la forme sonore du mot, qui est touchée. L’atteinte est hyperspécifique. Selon les aires cérébrales impliquées, dysfonctionnelles, on distingue –en 2017- des dyslexies « phonologiques », les dyslexies dites de surface « visuo-attentionnelles » et des formes mixtes où les deux mécanismes s’imbriquent.

 

Dans l’apprentissage de la lecture, qui est vraiment un apprentissage total, au sens d’une fonction non pré existante, non innée, dans le cerveau humain (à la différence du langage oral, il n’existe pas une « aire de la lecture » ), c’est :

 

  • la voie « phonologique » (celle du son), qui est d’abord utilisée :

On l’appelle « voie indirecte ou d’assemblage » : elle implique une analyse visuelle du mot, qui sera segmenté en unités graphiques pour ensuite être « traduites » en phonèmes. La mémoire auditive immédiate est donc primordiale également. C’est un apprentissage couteux en création de réseaux neuronaux mais qui une fois acquise rend aisée toute lecture (lecture de mots inventés : gabezomu) . Chez les dyslexiques, c’est la voie la plus fréquemment touchée ( hémisphère Gauche, réseau de Sylvius, aires linguistiques). On l’appelle la « voie d’assemblage » car on assemble des graphèmes pour obtenir des phonèmes. Chez ces enfants, c’est la voie auditive qui est atteinte.

 

  • La voie « visuo-attentionnelle »,(celle de la vision, pour simplifier), lexicale, est très différente.

Le mot à lire est reconnu directement en son entier, stocké en mémoire à long terme, avec son orthographe et sa sémantique (son sens). Ici interviennent les hémisphères Gauches et Droits et d’autres aires non linguistiques. Cette voie utilise donc le visuel, dont la possibilité de « voir » le mot en image dans sa tête. Chez ces enfants, le canal visuel est atteint.
Nota :les enfants dyslexiques visuo-attentionnels , on ne sait pourquoi, sont souvent d’une intelligence hors normes et n’ont pas de problèmes de langage oral, excellent.

 

  • Dyslexie mixte : les 2 voies de lecture sont atteintes. Ce sont les formes les plus difficiles à compenser.

 

2) prises en charge

 

On l’aura compris, ce sont des mécanismes complexes qui permettent d’accéder à la lecture, et le seul point à retenir est qu’il existe plusieurs degrés d’atteintes dès la naissance.

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-que la lecture pourra s’acquérir grâce à des prises en charges diverses dont orthophoniques, parfois orthoptiques, plus ou moins aisément selon les enfants et parfois restera quasi impossible. Mais pour nombre d’enfants, ces prises en charges précoces vont jouer sur la création de réseaux neuronaux du fait d’une véritable « plasticité cérébrale ». Il ne peut être question de restaurer entièrement des aires dysfonctionnantes MAIS il est possible de :

 

- s’appuyer sur des réseaux neurologiques existant pour « contourner » les dysfficultés et trouver des moyens de compensation.

Ainsi, pour une dyslexie phonologique (canal auditif touché), on pourrait s’appuyer, par exemple, sur la voie visuelle non ou moins touchée. Mais aussi travailler sur la réception-perception des sons…

Ainsi, pour une dyslexie visuo spatiale(canal visuel touché), on pourrait compenser via le canal auditif non touché ou moins . Mais aussi travailler sur des images…

 

- de développer des réseaux insuffisants, par exemple le FAISCEAU ARQUE, situé entre les aires du langage ( aire de Broca et aire de Wernicke) grâce à des méthodes telles MELODYS ( voir travaux du neurologue Michel Habib, Hôpital de la Timone).

 

3) Aménagements ?

 

Le basique (parmi d’autres) mais essentiel est :

 

La présentation des textes,primordiale.

Il est simple de comprendre

qu’effectivement la présentation d’un texte par une police « lisible » ( ARIAL, VERDANA, CALIBRI, …) agrandie (12 ou 14) et texte aéré ( interlignes), aux consignes bien séparées, peut beaucoup aider à décrypter…De même l’usage de couleurs est intéressant.

 

Car la lecture reste pour tout dyslexique une tâche véritable demandant une profonde concentration qui ne pourra du tout s’automatiser. Chez nombre d’enfants dyslexiques on observe un travail oculaire complexe, le regard ne va pas réaliser des saccades régulières avec une avancée fluide de la lecture mais il va souvent « revenir en arrière » pour tenter de déchiffrer le texte. Ceci, des milliers de fois…Un travail de rééducation visuo spatiale sera souvent bénéfique.

Ainsi, le coup de pouce visuel d’un document «  lisible » pour compenser ce qui est un véritable handicap n’est pas du luxe pour des enfants intelligents et avides d’apprendre, verrouillés dans l’expression de leurs capacités par ce trouble qui dévore leur énergie et confiance en eux.

 

L’outil formid ?? L’ordinateur et des logiciels épatants, de correction et de lecture vocale !

 

4) Dyslexique ou « autre trouble dys » ?

 

Il est important de savoir que parfois, c’est par une entrée dans la lecture laborieuse, voire impossible, que se « révèlent » d’autres troubles des apprentissages, spécifiques ou non.

C’est un véritable piège diagnostic car ces difficultés réelles ne sont pas forcément une « dyslexie primaire », telle qu’expliqué ci-dessus. Elles sont la conséquence directe de cet autre trouble, donc une forme de « fausse dyslexie » (les voies d’assemblage ou d’adressage ne sont pas touchées) ou « dyslexie secondaire ».

Exemples :

  • Dyspraxies dont dyspraxie visuo spatiale : il existe une atteinte de la coordination des gestes fins volontaires. Chez ces enfants, il existe une atteinte de la coordination des mouvements oculaires. Les yeux ne pourront correctement balayer l’espace (dont celui d’une feuille écrite), réaliser les saccades et fixations nécessaires au déchiffrage d’un mot, d’un texte. Saut de lignes, saut de fragments de mots et de mots en sont la conséquence. Et de ce fait, l’accès à la lecture est très complexe, parfois impossible.

Il faudra également un suivi orthophonique, avec une approche différente du problème ET un suivi orthoptique neurovisuel

  • TDA/H.(Troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité) . Dans ce cas, la « mémoire de travail » est impactée et les quelques secondes nécessaires à la « mémoire du mot » lu pour enchaîner une lecture en maintenant un sens au texte lu seront touchées. Le temps de déchiffrer une phrase, son début sera…oublié. L’enfant est perdu dans sa lecture qui perd tout sens. Il faut une prise en charge spécifique de ce trouble.
  • Dysphasie : en général le trouble du langage oral est diagnostiqué tôt. C’est un trouble qui se répercute sur les mécanismes de lecture du fait des atteintes des circuits auditifs ( dysphasie réceptive, par exemple). Mais certains enfants compensent beaucoup et ce sera lors de l’apprentissage scolaire de la lecture qu’une dysphasie sera évoquée.

 

Dans ces diverses situations, il faut un bon professionnel orthophoniste qui repèrera qu’il n’y a pas de « dyslexie primaire » mais un autre trouble présent, entrainant une (fausse) dyslexie et donc, dysorthographie etc…Ce sera à lui de réorienter l’enfant vers un médecin spécialisé pour poser le diagnostic du trouble responsable. C’est important car une partie des prises en charge sera différente.

 

 

5) Une augmentation des enfants dyslexiques et dys ?

 

Mythe ou réalité ? Meilleur dépistage ou causes réelles ?...

 

Les naissances prémas représentent environ 9% des naissances en France, actuellement. Et parmi ces prémas, le % des très grands à grands prémas (naissance < à 33 semaines d’AM- entre 32 à 33 semaines 20% !) est de 35 à 40 %. C’est beaucoup.

 

On sait que les séquelles neurologiques possibles sont diverses dont 45% psychomotrices, 40% touchent le langage, 28% visuelles (je cesse la liste). Ainsi, certains petits prémas cumulent ces diverses atteintes. Heureusement, 95 % restent considérées comme « modérées à légères »…

 

Ce qui signifie qu’actuellement, sur les bancs de l’école, environ 2,5 à 3 des élèves par classe sont de grands prémas. Je n’ai pas de chiffres concernant la « dyslexie isolée », il me semble qu’il serait plus juste d’évoquer des « troubles des apprentissages » pour ces enfants prémas. Sans penser dire des énormités, on peut considérer à au moins 2 par classe le nombre d’élèves qui seraient concernés par des troubles dys liés à leur naissance prématurée.

 

A ces troubles , qu’on peut considérer comme congénitaux « acquis », effectivement vont s’ajouter d’autres enfants nés à terme ayant hérité de facteurs héréditaires maintenant reconnus comme facteurs prédisposants . Des mutations des gènes comme le DCDC2 (impliqué dans la migration neuronale lors de la génèse cérébrale) ou le gène ROBO1 sont présentes dans ces familles. On en découvrira d’autres… Evidemment, des facteurs environnementaux vont jouer dans leur expression : l’exemple type sont les prises en charges précoces et les méthodes utilisées, l’environnement socio culturel et la qualité des divers stimulis dès la petite enfance, qui illustrent bien combien la qualité de l’environnement peut permettre d’atténuer le trouble, grâce à la plasticité cérébrale, avec la création de réseaux de neurones qui vont compenser partiellement les troubles.

 

 

Je termine ce « petit topo » sans conclusion particulière, si ce n’est qu’il est important de « rechercher toutes infos » pour bien comprendre les dyslexies et songer à des diagnostics différentiels. Et surtout de comprendre que les enfants touchés par ces troubles du langage écrits « méritent » qu’on cherche des solutions pour leur permettre de suivre une scolarité épanouie. Avec des aménagements et des outils adaptés, car ce trouble entraîne une véritable situation de handicap, nette en milieu scolaire, ces élèves pourront éviter la mésestime et l’échec scolaire. Voir leur vie en être changée du tout au tout.

 

Régine Salvat

 

 

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